À deux jours de l’ouverture de GITEX AI Türkiye 2026, l’intelligence artificielle est évidemment au centre du programme. Mais l’un des enjeux les plus intéressants de cette première édition à Istanbul se situe en amont des modèles et des applications : dans les infrastructures nécessaires pour les faire fonctionner à grande échelle.
La Türkiye affiche désormais un objectif précis : porter sa capacité de data centers à au moins 1 GW d’ici 2030 et mobiliser au moins 10 milliards de dollars d’investissements, principalement privés, dans les infrastructures liées à l’IA. Ces objectifs figurent dans le plan national AI Vision and Action Plan 2026-2030, présenté en juin par les autorités turques.
Quelques jours avant GITEX AI Türkiye, l’organisateur a justement replacé cette stratégie au premier plan de sa communication. Data centers, cloud souverain, calcul haute performance, infrastructures intelligentes, Physical AI et transformation industrielle seront parmi les sujets structurants des 9 et 10 septembre à Istanbul.
GITEX AI Türkiye 2026 ouvre les 9 et 10 septembre à Istanbul
GITEX AI Türkiye 2026 se déroule les 9 et 10 septembre à l’Istanbul Expo Center, Hall 2. L’événement marque les débuts de GITEX en Türkiye avec un positionnement fortement orienté vers l’intelligence artificielle et ses applications économiques. Le site officiel structure notamment son contenu autour de six grands axes : AI & Intelligent Infrastructure, cybersécurité, e-commerce et retail, Industry 4.0, data centers, future finance et actifs numériques.
La communication officielle publiée à l’approche de l’ouverture donne une bonne indication de l’orientation prise par cette édition. Parmi les entreprises et acteurs annoncés figurent notamment Dell Technologies, HPE et NVIDIA, Huawei, Google Cloud, SAP, Trendyol, Halkbank ou encore plusieurs technoparks turcs. Mais les trois sujets mis en avant par GITEX AI Türkiye sont particulièrement révélateurs : la Physical AI, le passage de l’Industry 4.0 à l’« AI-Native Production » et les investissements internationaux dans l’écosystème technologique turc.
Autrement dit, l’IA n’est pas seulement abordée sous l’angle des modèles génératifs ou des logiciels. La question devient aussi : de quelles infrastructures, données, capacités de calcul et architectures industrielles une économie a-t-elle besoin pour déployer l’IA à grande échelle ?
La Türkiye vise au moins 1 GW de capacité de data centers d’ici 2030
C’est probablement le chiffre le plus structurant à retenir.
Dans son AI Vision and Action Plan 2026-2030, la Türkiye prévoit de porter sa capacité de data centers à au moins 1 GW à l’horizon 2030. Le plan prévoit parallèlement de mobiliser au moins 10 milliards de dollars d’investissements, majoritairement privés, dans les infrastructures IA.
En juin, le ministre turc de l’Industrie et de la Technologie, Mehmet Fatih Kacır, avait également annoncé un engagement d’environ 3 milliards de dollars de financements publics destiné à favoriser 10 milliards de dollars d’investissements privés dans les data centers et les technologies d’IA. Cette annonce s’inscrit dans une politique plus large visant à développer les infrastructures numériques, les capacités nationales en IA et de nouvelles zones de croissance dédiées à ces technologies.
L’objectif de 1 GW est important parce qu’il fait passer le débat sur l’IA d’une logique essentiellement logicielle à une logique d’infrastructure.
Un pays peut disposer de chercheurs, de startups et d’entreprises capables de développer des applications d’intelligence artificielle. Leur passage à l’échelle dépend toutefois d’autres briques : centres de données, capacités de calcul, cloud, réseaux, stockage, cybersécurité et accès à une énergie suffisamment disponible et fiable.
C’est précisément cette chaîne de valeur que GITEX AI Türkiye cherche à mettre en lumière avec ses volets AI & Intelligent Infrastructure et Data Centers. Le site de l’événement insiste notamment sur les infrastructures « AI-ready », le cloud souverain et les systèmes de données de confiance.
Pourquoi les infrastructures deviennent un enjeu central de l’IA
L’essor de l’IA générative a d’abord focalisé l’attention sur les modèles. Mais à mesure que les entreprises passent de l’expérimentation au déploiement, les questions d’architecture deviennent plus concrètes.
Où traiter les données ? Quels traitements doivent être réalisés dans le cloud, dans un data center local ou directement à proximité des machines ? Comment disposer de capacités de calcul suffisantes sans immobiliser des investissements disproportionnés ? Comment protéger les données sensibles et assurer la continuité des systèmes ?
Le communiqué consacré aux infrastructures publié le 3 septembre avant GITEX AI Türkiye insiste justement sur cette évolution. L’enjeu n’est plus simplement d’ajouter de la puissance de calcul : il consiste à construire des environnements capables de faire fonctionner l’IA de manière sécurisée, évolutive et adaptée aux usages réels des entreprises.
Cette évolution explique également la montée du sujet de la souveraineté des données. Le gouvernement turc a explicitement indiqué vouloir développer des mécanismes permettant de conserver davantage de données dans le pays et de favoriser leur traitement par des infrastructures et modèles maîtrisés localement.
Pour les fournisseurs de cloud, spécialistes des infrastructures, acteurs de la cybersécurité ou entreprises travaillant sur l’edge computing, la question de l’IA devient donc progressivement indissociable de celle de l’architecture numérique.
De l’IA numérique à la « Physical AI »
Autre signal intéressant à quelques heures de l’ouverture : GITEX AI Türkiye met en avant la Physical AI, ou intelligence artificielle appliquée au monde physique.
Un rapport intitulé The Next Era of Industrial Competitiveness: Physical AI, préparé par Future Ally avec le soutien de Türkiye İş Bankası et en collaboration avec le Strategic Transformation Center de l’Istanbul Chamber of Industry, doit être présenté le 9 septembre pendant le salon. Il étudie notamment les robots, les systèmes autonomes et la production intelligente, ainsi que plusieurs trajectoires possibles pour l’industrie turque à l’horizon 2030.
Le programme officiel prévoit également une démonstration de robotique associant Turcas et l’Istanbul Technical University.
La notion de Physical AI désigne une évolution importante : l’intelligence artificielle ne reste plus confinée à un écran ou à une application. Elle interprète son environnement et intervient dans des systèmes physiques — robotique industrielle, logistique automatisée, équipements autonomes, mobilité ou machines de production.
Cela change également les contraintes techniques. Une IA intégrée à une usine ou à un robot ne peut pas toujours attendre qu’une information effectue un aller-retour vers un cloud distant. Latence, connectivité, traitement en périphérie du réseau, sécurité opérationnelle et fiabilité deviennent alors aussi importantes que les performances du modèle lui-même.
De l’Industry 4.0 à une production « AI-native »
La transformation industrielle constitue le deuxième volet de cette évolution.
L’Industry 4.0 a accéléré la connexion des machines, la collecte de données, l’automatisation et l’intégration des systèmes industriels. Le concept d’AI-native production, désormais utilisé dans le programme de GITEX AI Türkiye, pousse cette logique plus loin : l’IA n’est plus seulement ajoutée à un processus industriel existant, elle tend à intervenir directement dans la manière dont certains processus sont conçus, pilotés et optimisés.
Concrètement, cela peut concerner la maintenance prédictive, le contrôle qualité automatisé, l’optimisation de la consommation énergétique, l’organisation des flux de production ou l’assistance aux opérateurs.
Mais le changement ne consiste pas simplement à installer un nouvel algorithme dans une usine. Les industriels doivent connecter des données issues de systèmes parfois anciens, garantir leur qualité, sécuriser l’interaction entre informatique traditionnelle et systèmes opérationnels, et décider quels traitements peuvent réellement être automatisés.
C’est là que le rapprochement entre industrie, IA et infrastructures devient particulièrement intéressant. Une stratégie d’IA industrielle ne repose pas uniquement sur des modèles performants : elle nécessite une infrastructure permettant de les déployer dans des conditions compatibles avec les contraintes du terrain.
Ce que GITEX AI Türkiye révèle de la stratégie technologique turque
Pris séparément, un objectif de capacité de data centers, un programme industriel ou un événement consacré à la robotique pourraient apparaître comme des initiatives distinctes.
Mis ensemble, ils dessinent une orientation plus large.
La Türkiye cherche à développer simultanément ses capacités de calcul et de stockage, son infrastructure cloud, son écosystème de startups et son adoption de l’IA dans l’industrie. GITEX AI Türkiye devient ainsi un lieu où cette stratégie publique rencontre les fournisseurs technologiques, les industriels, les investisseurs et les acteurs de l’innovation.
Il serait cependant prématuré de considérer les objectifs annoncés pour 2030 comme acquis. Le passage de 1 GW affiché dans une feuille de route à des capacités effectivement disponibles dépendra des investissements réalisés, des projets de data centers, de l’accès à l’énergie, des infrastructures télécoms et de la demande réelle.
C’est précisément ce qui rend cette édition intéressante à observer : elle permet de regarder non seulement les ambitions affichées, mais aussi les technologies, partenaires et projets susceptibles de les transformer en capacités opérationnelles.
Une première édition à suivre comme indicateur de marché
GITEX AI Türkiye 2026 intervient à un moment où la compétition autour de l’intelligence artificielle change de nature.
Après la course aux modèles, une nouvelle phase se joue autour de la capacité à héberger, sécuriser, alimenter et industrialiser l’IA. Les data centers, le cloud, l’edge computing, la cybersécurité, la robotique et les infrastructures industrielles deviennent progressivement des éléments d’un même écosystème.
Pour les entreprises technologiques françaises, l’intérêt de cette évolution dépasse donc le seul événement des 9 et 10 septembre. Elle permet d’identifier les domaines dans lesquels la demande turque pourrait se structurer dans les prochaines années : infrastructures numériques, cybersécurité, logiciels industriels, data, cloud, automatisation ou solutions d’IA appliquée.
International Boost suit GITEX AI Türkiye dans le cadre de son travail consacré aux grands salons Tech internationaux et aux écosystèmes dans lesquels les entreprises innovantes françaises peuvent développer leur activité. Cette première édition permettra surtout de mesurer comment les ambitions annoncées par la Türkiye commencent à se traduire sur le terrain.
- Quand a lieu GITEX AI Türkiye 2026 ?
Les 9 et 10 septembre 2026 à l’Istanbul Expo Center. - Quels sont les principaux thèmes de GITEX AI Türkiye 2026 ?
IA et infrastructures intelligentes, cybersécurité, data centers, Industry 4.0, e-commerce et retail, finance et actifs numériques. - Quel est l’objectif de la Türkiye pour ses data centers d’ici 2030 ?
Le plan national vise une capacité d’au moins 1 GW. - Combien la Türkiye prévoit-elle d’investir dans les infrastructures IA ?
Le plan vise au moins 10 milliards de dollars d’investissements principalement privés dans les infrastructures IA.
