À quelques mois du CES 2027, Brian Comiskey, Vice President, Innovation & Trends de la Consumer Technology Association, a présenté à Paris sa vision des grandes tendances technologiques qui devraient structurer l’année 2027.
Le CES 2027 se tiendra du 6 au 9 janvier 2027 à Las Vegas. Plus qu’une succession d’innovations spectaculaires, cette nouvelle édition devrait illustrer la manière dont certaines technologies passent progressivement de l’expérimentation à des applications concrètes dans les entreprises, les industries et la vie quotidienne.
Dans l’introduction de sa présentation, Brian Comiskey résume cette évolution comme le passage de « what could be » à « what can be », puis à « what is » : ce qui pourrait exister, ce qui devient techniquement possible, puis ce qui est réellement adopté.
Une grille de lecture particulièrement utile pour les entreprises qui préparent le CES : la valeur d’une innovation ne repose pas uniquement sur sa nouveauté, mais sur sa maturité, son utilité et sa capacité à être déployée à grande échelle.
Trois piliers pour comprendre les CES 2027 Tech Trends
Brian Comiskey structure les tendances autour de trois grands piliers :
- Foundation : les technologies qui rendent toutes les autres innovations possibles ;
- Transformation : les usages qui transforment déjà les entreprises et les secteurs économiques ;
- Exploration : les technologies plus prospectives susceptibles de créer les prochaines grandes ruptures.
Cette classification permet de ne pas placer au même niveau une infrastructure cloud déjà largement déployée, un robot humanoïde en phase pilote et une interface cerveau-machine encore principalement exploratoire.
Foundation : l’infrastructure technologique revient au premier plan
La première tendance forte concerne les infrastructures modernes.
Derrière chaque application d’intelligence artificielle, robot, véhicule autonome ou objet connecté se trouvent des capacités de calcul, des données, des infrastructures cloud et des dispositifs de cybersécurité.
La présentation associe ainsi trois dimensions fondamentales :
- la cybersécurité pour protéger les systèmes ;
- le cloud pour permettre leur passage à l’échelle ;
- la data pour produire de la connaissance et alimenter les décisions.
Pour les entreprises, ces éléments ne constituent plus seulement des sujets techniques confiés aux directions informatiques.
La localisation des données, la résilience des infrastructures, la consommation énergétique, la latence, la souveraineté numérique et la sécurité deviennent progressivement des composantes du produit et de sa proposition de valeur.
De l’IA généraliste à l’IA verticale et agentique
Sans surprise, l’intelligence artificielle occupe une place centrale dans les CES 2027 Tech Trends.
Mais l’attention se déplace désormais des modèles généralistes vers deux nouvelles étapes : l’IA verticale et l’IA agentique.
L’IA verticale se spécialise dans un métier ou un secteur précis.
Elle s’appuie sur des données, des processus et des contraintes propres à la santé, à l’industrie, à la finance, à la mobilité, au commerce ou à la logistique.
L’IA agentique va plus loin : elle ne se contente plus de répondre à une question.
Elle peut planifier une série d’actions, mobiliser différents outils, exécuter certaines tâches et orchestrer un workflow, tout en restant encadrée par des règles et des validations humaines.
Pour une startup, déclarer utiliser un modèle de langage ne sera donc plus un véritable élément de différenciation.
La valeur se trouvera davantage dans :
- L’expertise métier ;
- La qualité des données propriétaires ;
- L’intégration aux outils existants ;
- L’automatisation d’un processus complet ;
- La démonstration d’un retour sur investissement mesurable.
Le graphique présenté par Brian Comiskey indique par ailleurs que 68 % de la population interrogée en France aurait déjà utilisé l’IA au travail.
Les résultats affichés atteignent même 76 % pour la génération X et 75 % pour les Boomers+, contre 68 % pour la génération Z et les Millennials.
La méthodologie de l’enquête n’étant pas précisée dans le support, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Ils illustrent néanmoins une adoption qui ne semble plus réservée aux plus jeunes générations.
L’énergie devient une technologie stratégique
L’augmentation des capacités de calcul, le développement des centres de données, l’électrification des transports et la multiplication des appareils intelligents placent l’énergie au cœur de l’innovation.
La présentation identifie trois priorités :
- La production d’énergie ;
- Le stockage à grande échelle ;
- L’intelligence des réseaux électriques.
Produire davantage ne suffira pas.
Il faudra également mieux prévoir la demande, optimiser les consommations, orchestrer le stockage et rendre les réseaux plus flexibles.
Cette convergence devrait créer de nouvelles opportunités entre les acteurs de l’énergie, des semi-conducteurs, du cloud, de la mobilité, du bâtiment intelligent et des centres de données.
La Physical AI fait sortir l’intelligence artificielle des écrans
Une autre transformation majeure concerne la Physical AI, ou intelligence artificielle physique.
Il s’agit de systèmes capables de percevoir leur environnement, de prendre des décisions et d’agir dans le monde réel à travers des robots ou des machines autonomes.
La présentation met notamment en avant :
- Les robots humanoïdes ;
- La dextérité robotique ;
- Les véhicules autonomes.
L’enjeu n’est plus seulement de programmer un robot pour qu’il reproduise un mouvement dans un environnement parfaitement contrôlé.
Les prochaines générations devront manipuler des objets variés, s’adapter aux imprévus et fonctionner de manière fiable dans des entrepôts, des usines, des commerces ou des domiciles.
Autour du robot lui-même se développera tout un écosystème : capteurs, vision artificielle, actuateurs, batteries, simulation, logiciels de flotte, cybersécurité et intelligence artificielle embarquée.
Smart glasses, réalité augmentée et nouvelles interfaces
Les lunettes intelligentes et la réalité augmentée reviennent également parmi les grandes tendances à suivre.
Leur succès ne dépendra toutefois pas uniquement de la qualité d’une démonstration.
Pour dépasser l’effet de nouveauté, ces interfaces devront devenir suffisamment légères, confortables, autonomes et utiles pour être utilisées régulièrement.
Les premiers cas d’usage durables pourraient notamment concerner :
- La maintenance industrielle ;
- La formation ;
- L’assistance aux techniciens ;
- La navigation ;
- La traduction ;
- La collaboration à distance.
Dans ces domaines, le gain de temps, la sécurité et la possibilité de travailler les mains libres peuvent permettre de démontrer plus rapidement un retour sur investissement.
Mobilité, agriculture et chaînes de valeur intelligentes
Dans la mobilité, la présentation associe l’intégration de l’IA, les communications V2X — Vehicle-to-Everything — et l’électrification.
Le véhicule devient progressivement une plateforme logicielle connectée à son environnement, aux infrastructures routières, aux réseaux énergétiques et à de nouveaux services.
L’agriculture suit une évolution comparable.
Sous le thème From Farm to Future, Brian Comiskey met en avant trois enjeux : améliorer les rendements, optimiser la distribution et personnaliser davantage les produits et les usages.
Capteurs, robotique, intelligence artificielle, logistique, prévision de la demande et traçabilité devraient ainsi être de plus en plus étroitement associés.
Santé, longévité et predictive living
La santé technologique évolue progressivement d’une logique de soin ponctuel vers une approche plus continue, préventive et personnalisée.
La Longevity Revolution présentée par Brian Comiskey repose notamment sur :
- La médecine de précision ;
- Le suivi de la santé à domicile ;
- Des innovations rendues plus largement accessibles.
Cette évolution est complétée par le Predictive Living : des technologies capables non seulement de mesurer l’état de santé, mais aussi d’interpréter les signaux, d’anticiper certains risques et de recommander une action.
Diagnostics rapides, wearables plus avancés et récupération à distance devraient rapprocher progressivement le domicile, les professionnels de santé et les parcours de prévention.
Pour passer du gadget au produit crédible, les entreprises devront néanmoins démontrer la fiabilité des données, la pertinence des alertes, la protection des informations personnelles et, lorsque cela est nécessaire, la validité clinique de leur solution.
Du smart home à un écosystème réellement orchestré
Le logement intelligent devrait lui aussi franchir une nouvelle étape.
L’objectif ne sera plus simplement de multiplier les objets connectés, mais de créer des écosystèmes capables de coordonner automatiquement différents services.
La présentation associe trois éléments :
- Des écosystèmes unifiés ;
- Une intelligence artificielle plus avancée ;
- Une meilleure gestion de l’énergie.
Le domicile pourrait ainsi devenir simultanément un espace de confort, un hub énergétique et un lieu de prévention ou de suivi de la santé.
Quantum, espace et interfaces cerveau-machine : préparer l’après
La dernière catégorie, Exploration, rassemble trois domaines particulièrement prospectifs :
- L’informatique quantique ;
- Les technologies spatiales ;
- Les interfaces cerveau-machine.
Ces marchés ne doivent pas être évalués avec les mêmes critères qu’un logiciel SaaS ou qu’un objet connecté déjà commercialisé.
Leurs horizons de développement, leurs besoins en capitaux, leurs contraintes réglementaires et leurs délais d’adoption sont très différents.
Les opportunités les plus proches ne seront d’ailleurs pas nécessairement les produits finaux.
Elles pourront concerner les composants, la simulation, les logiciels, les outils de test, la cybersécurité, les données ou les infrastructures nécessaires au développement de ces futurs marchés.
Ce que les entreprises françaises doivent retenir avant le CES 2027
La présentation de Brian Comiskey fait ressortir quatre questions essentielles à poser face à chaque innovation :
- Quel usage réel est déjà démontré ?
- Quel résultat mesurable la solution apporte-t-elle ?
- Quelles infrastructures, intégrations et garanties de confiance nécessite-t-elle ?
- Peut-elle être déployée à grande échelle ?
Le CES devient beaucoup plus utile lorsque l’entreprise arrive à Las Vegas avec des hypothèses précises à vérifier, des acteurs ciblés à rencontrer et des décisions potentielles à préparer.
L’objectif n’est pas de collectionner les technologies impressionnantes, mais de transformer les observations réalisées sur le salon en projets concrets : partenariat, benchmark, expérimentation, investissement, intégration ou développement commercial.
De la tendance à l’opportunité business
Les CES 2027 Tech Trends montrent une innovation de plus en plus systémique.
L’IA dépend des semi-conducteurs, des données, de la cybersécurité et de l’énergie.
La robotique associe hardware, logiciels, capteurs et intelligence embarquée.
La santé converge avec les Wearables, le Cloud et le Smart Home.
La mobilité rencontre l’énergie, les télécommunications et les infrastructures urbaines.
Pour les startups et entreprises françaises, le véritable enjeu sera donc de présenter une innovation clairement positionnée dans cette chaîne de valeur, avec un cas d’usage compréhensible, une preuve de maturité et une proposition business immédiatement identifiable.
C’est précisément dans cette logique qu’International Boost accompagne les entreprises avant, pendant et après le CES : préparer leur positionnement, structurer leur pitch, identifier les bons interlocuteurs et transformer leur présence à Las Vegas en opportunités concrètes de développement international.
