VCs et super Angels: la guerre pour les entrepreneurs

C’est comme lors de la guerre froide, la plupart des batailles intéressantes entre investisseurs, et il y en a beaucoup, se déroulent en coulisses. Officiellement tout le monde s’entend parfaitement. Mais des retours sur investissement en baisse, trop de capital et l’arrivée d’une nouvelle race d’angels prêt à tout bousculer ont crée une telle tension dans le système qu’une certaine frustration commence à se fait sentir. Et dans certains cas les gants (de boxe) ne sont pas loin d’être sortis.

Et les entrepreneurs peuvent être, et sont, pris dans ce feu croisé. Choisissez le mauvais investisseur et vous vous fermez les portes d’autres fonds. Vous ne saurez jamais comment c’est arrivé.

Jusqu’à récemment il y a avait un ordre établi avec les venture capitalists. Les fonds les plus prestigieux, Benchmark, Kleiner et Sequoia faisant partie de cette liste, voyaient tous les deals. Dans la plupart des cas ils se battaient entre eux pour investir dans les meilleurs projets. Et si tous passaient leur tour alors les autres fonds rentraient dans la danse. Le système était si bien établi que certains VCs abandonnèrent même complètement. DAG, par exemple, a construit un fond basé uniquement sur la promesse de suivre ces gros fonds, pour les tours suivants et à des prix bien plus élevés. Pour ces investisseurs il s’agissait du seul moyen de faire partie des deals les plus prometteurs, mais  à des conditions bien moins intéressantes. Et de ces tops investisseurs de montrer aux startups qu’elles pouvaient lever de l’argent en deux tours à un prix bien plus élevé, les aidant ainsi à justifier leurs conditions de départ. Parfois DAG envoyait les PR quand ça devenait du n’importe quoi.

Aujourd’hui les choses sont bien plus compliquées. Plus de fonds font partie de la top liste, comme Accel, Andreessen et Greylock qui s’y sont hissés. Mais plus disruptifs encore sont les business angels. D’habitude les angels travaillaient avec les fonds de capital risque, participant aux tours en amont (seed) pour ensuite passer la main aux fonds si le développement de l’entreprise se passait bien.

Mais ces dernières années ont vu l’émergence des startups “low cost”. Les startups internet peuvent utiliser les logiciels open source et les nouveaux langages pour créer et lancer des produits rapidement et sans beaucoup d’argent. Bien souvent il n’est pas nécessaire d’aller au-delà du tour d’angels, jusqu’au moment où il faut choisir entre “vendre” et faire un gros push marketing. Dans les deux cas les VCs y perdent car à ce niveau les valorisations sont bien plus hautes et les retours bien plus faibles.

Une génération entière d’entrepreneurs a cessé de regarder ces gros fonds comme la première étape du financement de leur startup. Maintenant beaucoup commencent simplement par rejoindre Y combinator, ou se satisfont d’un premier petit tour d’angels. Ces angels sont rapides et flexibles et trainent avec les entrepreneurs aux conférences, dans les incubateurs etc… Ils sont dans la mêlée pendant que beaucoup des VCs traditionnels restent en retrait, attendant que les entrepreneurs viennent à eux, prêt à quémander.

Et ces angels n’hésitent pas à trasher ces VCs. Dave McClure, par exemple, grogne régulièrement contre ces fonds. De même pour Chris Dixon ou encore Jason Calcanis. De leur côté les VCs se défendent plus discrètement. Ils font remarquer que très peu de startups financées uniquement par des angels deviennent des géants. “Une génération entière d’entrepreneurs construit des entreprises médiocres et espèrent se vendre à google pour 25 millions de $” se plaint un VC que j’ai récemment rencontré. Il pense que ces nouveaux angels poussent les entrepreneurs à penser petit et ainsi manquer le home run. Et tu ne réalises pas un home run si tu ne frappes pas fort. Quand tu veux assurer, tu perds presque à chaque coup.

J’ai récemment répété cette citation, pour le fun, lors une conférence Y combinator destinée aux aspirants business angels. Vous pouvez imaginer que cela n’était pas tellement drôle pour eux. Y combinator, qui a sorti plus de 200 startups en à peine quelques années, peut être considéré comme le roi de cet écosystème, j’ai ajouté.

Que cet argument soit fondé ou pas il est pertinent pour l’écosystème entier. Certains VCs pensent que cette tendance au “think small” conduit les entrepreneurs qui auraient autrement sorti le prochain Google ou Microsoft, à créer des startups plus petites et moins intéressantes et tout le monde perd. Plus d’introduction en bourse, plus de “20 000 emplois tech”, pas de nouveaux acheteurs pour les startups qui ne deviendront pas des géants.

Et sans ses sorties, peu fréquentes mais énormes, l’écosystème entier s’effondre. Les fonds ont besoin de gros retours pour lever de l’argent. Sans l’argent de ces VCs une grande partie de l’innovation dans la valley mourrait.

Selon cet argument, ces nouveaux angels sont comme un cancer qui se propage rapidement. Sans traitement radical la Silicon Valley s’éteindra.

Dramatique? Oui. Mais beaucoup de ces petits investisseurs lèvent des fonds importants et commencent à ressembler à ces bons vieux VCs. McClure a un fond de 30 millions de $, 50 pour Dixon, Mike Maples et Chris Sacca également. Aydin Senkut vient juste de monter un fond de 40 millions et Jeff Clavier s’y met aussi.

Toutes ces personnes investissaient leur propre argent dans des petites parts qui ne menaçaient pas les VCs. Tous investissent maintenant des montants bien plus importants avec l’argent des autres. Ils mettent bien plus la pression sur la vieille garde maintenant.

Quelle est la limite? Autour de 500 000 $, annonce Ron Conway, probablement l’angel ayant connu le plus de succès dans l’histoire de la silicon Valley. Conway est toujours resté sous ce seuil et les entreprises dans lesquelles il investit réalisent régulièrement des tours auprès des fonds traditionnels.

Toute cette concurrence est bonne pour l’entrepreneur qui cherche du capital. La plupart des goulets d’étranglement ont été éliminés et il est plus facile pour une bonne idée d’attirer le cash nécessaire. Mais je pense qu’il y a du vrai dans l’idée que trop d’entrepreneurs voient “petit” de nos jours. Si de grosses entreprises ne voient pas le jour à cause de cet état d’esprit nous en souffrirons tous à un moment ou un autre.

Donc voyez grand et gardez à l’esprit la politique quand vous levez ces tours d’angels.

Source :
Ecrit par Clement Vouillon
fr.techcrunch.com/

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